Collège de France, 11 Place Marcelin Berthelot, 75005 Paris (métro : Cluny La Sorbonne, Odéon et RER : Luxembourg) salle 2
Séminaire ouvert à toutes et tous
Julien Mallet Ethnomusicologue, anthropologue et réalisateur, chercheur à l’IRD URMIS, Université Paris Cité
Des places en question(s)
Réflexions autour d’un projet audiovisuel partagé
Le film Damily par ses écritures (tournage et montage) s’inscrit dans une volonté de proposer une « mise à disposition sensible du sensible, d’une présentation perceptible du perçu, enfin d’une approche visible et audible des sentiments et des relations » (cf. Marc Henri Piault, « La transaction audiovisuelle, pour une anthropologie hors texte », L’homme 2018 : 104-140). La musique est au centre du film, de mes recherches et du projet plus large auquel il participe. J’ai notamment voulu, par le sensible, amener à une réflexion sur comment le son est chargé de sens.
Une des séquence du film montre par exemple le musiciens Damily et son groupe en train de jouer pour les villageois mais aussi pour l’enregistrement par l’ingénieur du son du futur album. La séquence passe du son « brut » de micro-caméra (micro externe stéréo) au son mixé de l’album, accompagné d’images, plans de coupes sur l’ingénieur du son qui installe les micro et enregistre. Cette écriture a pour objectif de produire un trouble chez le spectateur/auditeur. Un décalage et un questionnement par l’expérience sensible : son contextualisé VS « épuré ».
Il s’agit de cristalliser par le sensible un questionnement ethnomusicologique et les contradictions anthropologiques d’une situation qui exprime les difficultés liées à cette rencontre autour d’une même musique, entre une équipe dont un des objectifs est d’enregistrer un album, la réalisation d’ un film et des personnes qui vivent une performance rituelle.
Le film mobilise des procédés de « cinéma direct », avec très peu d’information extérieures. L’écriture (montage) est ici au centre d’une réflexion sur comment faire passer l’information nécessaire à la compréhension, donner à comprendre par le son, l’image et l’enchainement des séquences…
Il est envisagé vis à vis des spectateurs comme initiateur de réflexions, et pour moi même d’articles mais pas comme une « illustration » d’un savoir déjà clos. Il s’agit d’ailleurs d’un « épisode » qui viendra en éclairer de futurs et sera lui-même éclairé par ces derniers.
Le film s’inscrit dans un projet plus large incluant la réalisation d’ un vidéo clip (à partir du film) et d’un album. Un projet qui s’inscrit dans un « espace transactionnel » : « Une opération à la fois de distinction et de mise en relation, c’est un procès de savoir et de co-naissance, la mise en œuvre, (…), d’un espace transactionnel dont les partenaires ne travaillent pas nécessairement avec les mêmes catégories d’entendement et n’ont pas nécessairement les mêmes objectifs ni les moyens équivalents d’en assurer la réalisation » (Piault, ibid.). C’est en partie pour cela que j’ai conçu ce film comme un « épisode » : possibilité de poursuivre la « transaction ». Parallèlement à la démarche de co-engagement, l’idée du film comme « espace transactionnel » renvoi à des enjeux d’écritures.
Projection du film
Damily
Épisode 1 : Kukloun (« rassembler en tournant »)
2023 (76 mns)
Le 9 septembre 2022, le guitariste malgache Damily m’annonce le décès de sa mère, Melo, à Tongobory (200 km de Tuléar).Vivant en France, il ne peut se rendre à son enterrement mais décide d’organiser des « secondes funérailles » selon la tradition malgache. Membre de la famille, organisateur, Damily entend aussi y prendre place comme musicien. Il y jouera avec son groupe, en l’honneur de sa mère, pour sa famille et pour les membres de la communauté. Ce moment, cet espace rituel, sera aussi le lieu d’enregistrement « live » de son prochain album. Cependant, sur place, un acteur imprévu s’invite au scénario, Freddy, cyclone aux effets incontrôlables venant menacer le projet. Mais venant, peut être aussi, renforcer ce qui est au cœur du sujet : Déplacements, des placements, dé-placements. La musique et sa capacité à rassembler, à faire don, à faire place comme pour effacer les places. CYCLONE, n. m. XIXe siècle. Emprunté de l’anglais cyclone, formé sur le grec kuklôn, participe présent de kukloun, « rassembler en tournant » (Dictionnaire de l’académie française).
Teaser https://www.youtube.com/watch?v=PytgMuMHGFA