Colloque – Les pratiques musicales et les questions de genre dans les musiques du monde. Mardi 25 juin 2024

Colloque international « Quatre variations pluridisciplinaires autour de la musique »
Les pratiques musicales et les questions de genre dans les musiques du monde.
Mardi 25 juin 2024
Bibliothèque François Mitterrand, Salle Aquarium, Quai François Mauriac ;
75006 Paris Cedex 13, Métro Bibliothèque François Mitterrand.

Annonce du colloque :

annonce colloque genre – juin 2024

Programme détaillé :

programme colloque genre

Accès sur inscription auprès de Sylvie Le Bomin : sylvie.le_bomin@sorbonne-universite.fr

 

Par essence, l’ethnomusicologie est une discipline interdisciplinaire. De plus en plus elle intervient dans le milieu scientifique pour comprendre la diversité musicale actuelle, mais aussi comment elle s’est construite. En fonctionnant en interaction avec différents champs disciplinaires elle peut donc à la fois se nourrir des approches d’autres disciplines et aussi apporter ses savoirs et savoir faire dans des orientations de recherche diverses. C’est ainsi que l’on observe de plus en plus de collaborations avec des acousticiens, des organologues, des spécialistes de la cognition, des généticiens, des archéologues, des préhistoriens, etc.
Ce colloque a par conséquent pour vocation de s’appuyer sur cette pluridisciplinarité et ces ouvertures pour engager des dialogues avec des disciplines et des représentants de celles-ci afin de mieux envisager les potentiels qui peuvent en ressortir tant du point de vue des problématiques, des méthodes et des constructions de réseaux de recherche.
La thématique de la journée du 25 juin 2024 co-organisée avec Louisa Martin-Chevalier, est consacrée à la pratique musicale des femmes dans les musiques du monde. Nous l’aborderons à travers des travaux récents sur la question qui s’agisse des confréries initiatiques féminines au Nigeria, de la pratique de la musique chez les femmes Afghanes, des répertoires intimistes des femmes pygmées baka du sud Cameroun ou bien de la problématique de la représentativité des femmes dans le monde musical occidental. Il s’agit de donner accès à la compréhension de situations contrastées à travers le monde et dans des contextes socio-religieux variés.

9h : Accueil des participants
9h30-10h : Raphaëlle Legrand : Étudier une « famille » de musiciennes dans la France du XVIIIe siècle
10h-10h30 : Sylvie Le Bomin : Matrilinéaire et patrilinéaire : l’influence des systèmes de filiation sur la pratique musicale au Gabon
10h30-11h : Marie Agatha Ozah : Titre à venir
11h-11h30 : Pause
11h30-12h : Susanne Fürniss : Musique et danse féminine des Pygmées Baka du Cameroun
12h-12h30 : Hyacinthe Ravet : Quelle(s) représentation(s) des musiciennes aujourd’hui en France
12h30-14h : Déjeuner
14h-15h : Razia Sultanova : Veils of silence: Afghan Women and the Taliban’s Cultural Crackdown
15h-15h30 : Fayrouz Osman : the contribution of women accordionists in the French musical landscape
15h30-16h : Pause
16h-16h30 : Louisa Martin-Chevalier : La jeune génération des compositrices ukrainiennes : entre invisibilisation et émancipation
16h30-17h : Yana Shlibanska : Contemporary Ukrainian Women composers: Reflecting Current Issues and Project Specifics in Wartime Conditions

Raphaëlle Legrand
Étudier une « famille » de musiciennes dans la France du XVIIIe siècle
Engagée initialement autour de la compositrice d’opéra Mlle Duval, la recherche que je compte présenter s’intéresse à un groupe familial comportant une douzaine de personnes (onze femmes et un homme) exerçant la musique et quelquefois la danse, sur trois générations, de la fin
du règne de Louis XIV à la Restauration. Les naissances illégitimes, dans le milieu du théâtre, soulèvent des problèmes particulièrement complexes de filiation, d’attribution des noms et prénoms et de reconnaissance de la parenté. Ces stratégies sont à replacer dans un contexte social où la pratique d’un art est pour les femmes limitée à certains domaines mais également transmise comme une sorte de capital immatériel. Je m’interrogerai également sur le statut des sources, souvent biaisées et contradictoires, qui permettent néanmoins de reconstituer les stratégies individuelles au sein d’un réseau familial.

Sylvie Le Bomin
Matrilinéaire et patrilinéaire : l’influence des systèmes de filiation sur la pratique musicale au Gabon.
Les groupes de filiation ont très rarement été mis en relation avec les pratiques musicales. Au Gabon, il existe deux systèmes principaux, celui où l’enfant va appartenir au groupe de filiation de son père, patrilinéaire, et celui où l’enfant va appartenir au groupe de filiation de sa mère, matrilinéaire. S’il est habituel d’aborder ces deux catégories pour parler de transmission et d’héritage, aucune étude n’a encore été consacrée à l’impact de ces systèmes de filiation sur l’organisation des systèmes rituels et par corollaire des pratiques musicales qui y sont associées. Une première publication en phylogénie musicale (Le Bomin, Lecointre et Heyer 2016) a permis de mettre en évidence que la filiation permet de catégoriser un grand nombre de patrimoines musicaux du Gabon en deux grands groupes, les patrimoines musicaux des populations
patrilinéaires et ceux des populations matrilinéaires. Ceci implique un poids important de la transmission verticale dans les traits musicaux et
l’implémentation de traits musicaux spécifiques renvoyant à ces types de filiation. Il a d’ailleurs été montré qu’il en était de même dans les pratiques culturales du manioc dans les mêmes groupes sociaux (Delêtre 2011).
Dans les deux cas, il est apparu que la filiation patrilinéaire favorise la transmission verticale et instaure un certain conservatisme là où, dans un système matrilinéaire, la transmission s’effectue davantage par emprunt et stimule l’innovation. Dans cette communication je présenterai comment la nature du groupe de filiation influence également le type de pratiques rituels associées à la musique, mais aussi la diversité et la variabilité de ces pratiques faisant entrer un nouveau type de catégorisation sociale à travers
la pratique musicale.

 

Marie Agatha Ozah
Titre et abstrait à venir

Susanne Fürniss
Musique et danses feminines des Pygmées Baka du Cameroun
Chez les Baka, ce sont les femmes qui chantent. Elles interviennent dans la quasi-totalité du patrimoine musical. Les jeunes filles jouent le tambour d’eau dans la rivière ou font les jeux chantés bena solo qui les familiarisent avec le monde des femmes. Adultes, elles jouent de l’arc musical à deux cordes dont les chants révèlent le désenchantement dans le mariage. Âgées, prennent des responsabilités dans les répertoires rituels collectifs en tant que solistes et interlocutrices des esprits. Cette intervention dresse le portait musical de la féminité baka.

Hyacinthe Ravet
Quelle(s) représentation(s) des musiciennes aujourd’hui en France ?
A quelles représentations se confrontent aujourd’hui les musiciennes en France ? Comment ces représentations influent-elles sur leurs pratiques, mais aussi sur leur manque de visibilité en certains domaines ? Et que se passe-t-il lorsque les instrumentistes sont masqués par un « paravent » lors d’audition de recrutement à l’aveugle au sein des orchestres ? Cette conférence proposera des pistes de réflexion à propos notamment du cas des musicien.nes analysé dans le Programme de recherche sur les orchestres, les discriminations et le genre (ANR Prodige) et de travaux sur les compositrices contemporaines.

Razia Sultanova
Veils of Silence : Afghan Women and the Taliban’s Cultural Crackdown
Afghanistan, a country with a rich tapestry of cultural traditions, has become synonymous with « catastrophe » since the return of the Taliban. Efforts to educate children, such as those at the Afghan National Institute of Music, have collapsed, leaving countless orphans and school dropouts. Women, confined by burkas, are unable to leave home for education, work, or even medical appointments. This harsh reality paints a picture of a nation deprived of basic human rights and future prospects.
However, behind the burqa are women who are hospitable, confident, and possess a strong aesthetic sense.
They excel in tailoring, carpet-making, and embroidery, accounting for 87% of the handcraft workforce. Their vibrant creations, often adorned with motifs of fruits, flowers, and birds, serve as both a livelihood and a form of therapy, often accompanied by singing. These songs, shared during gatherings and daily chores, help pass down Afghan culture, history, and religious teachings to their children. In light of this crisis, it is crucial for the international music community to rethink cross-border solidarity and explore innovative measures to preserve Afghanistan’s rich cultural heritage.

« Voiles de silence : les femmes afghanes et la répression culturelle des talibans »
L’Afghanistan, pays doté d’une riche tapisserie de traditions culturelles, est devenu synonyme de « catastrophe » depuis le retour des talibans. Les efforts visant à éduquer les enfants, comme ceux de l’Institut national afghan de musique, ont échoué, laissant d’innombrables orphelins et abandons scolaires. Les femmes, confinées par la burqa, ne peuvent pas quitter leur domicile pour aller à l’école, au travail ou même pour des rendez-vous médicaux. Cette dure réalité dresse le portrait d’une nation privée de droits humains fondamentaux et de perspectives d’avenir.
Cependant, derrière la burqa se cachent des femmes hospitalières, confiantes et possédant un fort sens esthétique. Ils excellent dans la couture, la fabrication de tapis et la broderie, représentant 87 % de la main-d’oeuvre artisanale. Leurs créations vibrantes, souvent ornées de motifs de fruits, de fleurs et d’oiseaux, servent à la fois de moyen de subsistance et de forme de thérapie, souvent accompagnées de chants. Ces chants, partagés lors des rassemblements et des tâches quotidiennes, contribuent à transmettre la culture, l’histoire et les enseignements religieux afghans à leurs enfants. À la lumière de cette crise, il est crucial pour la communauté musicale internationale de repenser la solidarité transfrontalière et d’explorer des mesures innovantes pour préserver le riche patrimoine culturel de l’Afghanistan.

Fayrouz Osman
The contribution of women accordionists in the French musical landscape
My research designates the following problematic: What position do women accordionists currently hold in France’s musical scenery?
The question in itself prompts a number of minor inquiries, such as enquiries into gender studies and further instrument status queries: Is the accordion perceived as a male instrument? Has the accordion’s utilization by women transmuted since the 19th century? How are we to understand this evolution? What were the many depictions of the accordion’s feminine practices?
In order to answer all of these questions, I had to commence with a historical approach to expound the organological evolution of the accordion and its status through centuries. However, my main approach remains ethnomusicological which specifies that my research methods were predicated on field research, surveys, visual discernment and interviews. My goal was to seek out female accordionists with different portraits who practice/perform in sundry musical contexts, look into their backgrounds, repertoires and how they’re contributing to the musical scenery today based on where they opt to perform, how they prefer to perform and represent the instrument (Interpretation choices, sound aesthetics alternatives, performance skills, etc.) As well as their organological contribution (Example: Hybrid Accordions and Microtonal Accordions). I additionally took into consideration their contribution to the accordion contemporary repertoire of compositions, whether they’re accordionistscomposers or even if they simply endeavor to promote composing for accordion by collaborating with
up-and-coming composers and premiering their work. Moreover, I attempted to highlight their contribution on the pedagogical level and its impact on next generations (pedagogical methods, projects etc.)
All things considered, I have strived to identify the circumstances that favored their ascensionand analyze if some of their contributions can be considered as aspects of innovation just like I have tried to identify the nature of the pitfalls they encountered.
My study benefited a lot from the anterior works that evoked the history of the accordion, its repertoires, its institutions and the analysis of its contemporary music but my fieldwork not only offers a more recent perspective and a fresh state of the art of accordion practice but it also gives it a gender study perspective that was never took into consideration regarding accordion studies.

Louisa Martin-Chevalier
La jeune génération des compositrices ukrainiennes : entre invisibilisation et émancipation
De nombreuses études concernant la place des femmes dans le milieu musical montrent la question de l’invisibilité des musiciennes, dans son sens le plus large (voir notamment H. Ravet 2011, M. G. Citron, S. McClary 1991, S. C. Cook/J. S. Tsou 1994, L. Green 1997, J. Dunbar 2021). Les ouvrages récents consacrés à la création ukrainienne confirment cette place minoritaire tendant vers l’occultation (O. Nesterenko 2022, M. Sonevytsky 2019 E. R./L. Stefanija 2022, I. Tukova2022, Havelková 2023). Cependant, la jeune génération de compositrices semble se démarquer et occuper une place majeure dans la vie musicale nationale et internationale depuis la dernière décennie.
Depuis les conflits géopolitiques récents avec la Russie, le risque d’invisibilisation des musiciennes s’amplifie à de nombreux égards : parce qu’elles sont des femmes, parce qu’elles sont artistes et parce qu’elles fuient leur pays et se retrouvent dépaysées dans un espace inconnu voire hostile, dont elles ne connaissent ni les codes ni le fonctionnement ; elles se retrouvent dans des situations vulnérables, précaires et potentiellement victimes de nombreuses formes de violence.
Comment intègrent-elles cette expérience intense et violente dans leurs pratiques et dans leurs oeuvres ?
En quoi cette expérience peut-elle être émancipatrice ? Observe-t-on de nouvelles formes de politisation de la création contemporaine ?

Yana Shliabanska
Contemporary Ukrainian Women Composers: Reflecting Current Issues and Project Specifics in Wartime Conditions.
Modern Ukrainian women composers create new works within and beyond Ukraine. Their compositions reflect current social and political issues, particularly in the ongoing Russian-Ukrainian war. When preparing premier performances or projects in Ukraine, women composers encounter various difficulties, reflective of the societal challenges faced by the cultural sector, especially during war. Analyzing specific projects and compositions highlights the resilience and innovation of these artists, who use their music to convey powerful messages of resistance, identity, and hope
Analyzing various compositions touching on themes of loss, memory, and national identity helps us understand how these works resonate with local and international audiences. The importance of supporting and recognizing the contributions of these artists is emphasized not only for their
cultural and artistic value but also for their role in documenting and responding to the lived experiences of their communities during times of war. Supporting a broader discourse on the intersection of art, politics, and social change is crucial, as it contributes to forming a comprehensive vision of the contemporary Ukrainian cultural landscape and its place in the world. In this context, the role of women composers in contemporary music and cultural narratives in Ukraine proves to be powerful and significant.

Société française d'ethnomusicologie