AAC Journées d’Étude de la Société française d’ethnomusicologie 24

Journées d’Étude de la Société française d’ethnomusicologie

« Je-Tu 2024 »

27-29 septembre, La Ciutat, Pau

Appel à communications

Les tiers-lieux de l’ethnomusicologie

 

Appel à télécharger en pdf :

AAC Journées d’Etude Ethnomusicologie 24

 

Les Je-Tu 2024 sont organisées à Pau en collaboration avec le séminaire d’Ethnopôle du CIRDOC–Institut occitan de cultura, au sein du tiers-lieu de La Ciutat, Cité créative de la culture béarnaise.

 

Le concept de tiers-lieu en sociologie provient de l’anglais third place, expression faisant référence aux lieux sociaux séparant les deux environnements de la maison (ou premier lieu) et du lieu de travail (ou deuxième lieu). Les tiers-lieux peuvent être des églises, bars, centres communautaires, bibliothèques, théâtres, parcs… C’est dans son ouvrage The Great Good Place (1989) que Ray Oldenburg (1932-2022) défend l’importance des tiers-lieux pour la démocratie et la société civile. Les tiers lieux permettent l’ancrage de la communauté et suscitent les interactions sociales. Produire du ou des communs, faire en commun, tels sont les enjeux artistiques et culturels des tiers-lieux, dont l’idée s’impose comme espaces interstitiels d’une sociabilité communautaire inédite (Idelon, 2018). Ces tiers-espaces s’inventent, ils ne se décrètent pas, ils s’ancrent dans les territoires.

 

De la même façon que la notion de tiers-lieu physique renvoie aux notions d’action et d’innovation collectives, l’ethnomusicologue et l’ethnomusicologie sont, de plus en plus, mobilisés dans le cadre d’actions publiques ou privées les amenant à s’exprimer en dehors de programmes de recherche fondamentale, portés par les seuls laboratoires de recherche et établissements d’enseignement supérieur.

 

Depuis les années 1970, un tiers secteur de la recherche ethnomusicologique s’est peu à peu développé avec la professionnalisation d’ethnomusicologues dans des structures ou associations à caractère patrimonial, produisant des savoirs et connaissances dans le cadre de compagnonnages opérationnels ou intellectuels en partenariat avec des laboratoires universitaires et organismes nationaux de recherche ou en parallèle des cadres institutionnels.

Les domaines de l’édition discographique, de la Lecture publique, de l’archive et/ou, de manière plus générale, toutes les activités impliquées dans un dialogue science-société mobilisent ainsi depuis longtemps la matière ethnomusicologique. Il peut s’agir de la conservation de fonds sonores, de la production de collections discographiques (Maison des Cultures du Monde, ADEM de Genève), ou encore de la mise en œuvre de médiations (Cité de la Musique). Des musiciens-ethnomusicologues ou sensibilisés à l’ethnomusicologie œuvrent aussi, aujourd’hui, dans les établissements d’enseignement artistique (conservatoires, pôles supérieurs, Hautes écoles). Par ailleurs, sur fond d’intégration de la notion de patrimoine culturel immatériel au code du Patrimoine, Musées, Pays et Villes d’Art et d’Histoire, Ethnopôles, Agences régionales s’appuient sur cette compétence, collaborant avec des enseignants-chercheurs dans le cadre de programmes de coopération ou en recrutant des ethnomusicologues diplômés.

 

Les Je-Tu 2024 aborderont ainsi la question des “tiers lieux de l’ethnomusicologie”. Celle-ci se traduit par le biais des organismes porteurs de la recherche : pôles d’archives, établissements d’enseignement ; organismes de recherche ou de médiation publics ou associatifs ; entreprises, microentreprises… Mais elle suppose plus encore des écosystèmes dans lesquels s’exprime la recherche ou qui la génèrent : communautés territorialisées, communautés de pratiques linguistiques et/ou culturelles, collectifs artistiques, collectifs culturels entretenant ou ouvrant de nouveaux espaces de sociabilité fertilisant les pratiques musicales,…  La musique n’existant jamais seule, ces écosystèmes peuvent aussi se traduire en adossements disciplinaires (musicologie, ethnologie, histoire, géographie, sociologie, acoustique, sciences de l’éducation, sociolinguistique et linguistique).

Autant de dimensions pouvant être imbriquées, associées. Quelle est ainsi la place de l’ethnomusicologie dans les écosystèmes scientifiques, culturels et sociaux des territoires ? Quelles sont les cadres et formes de la coopération entre chercheurs, acteurs et/ou institutions assurant aujourd’hui une fonction sociétale et une visibilité à l’ethnomusicologie : programmes de recherche et de médiation (ANR, Interreg, appels à projets territoriaux, conventions d’objectifs, …) ? Quelles sont les instances de dialogue entre chercheurs, artistes, acteurs culturels, et selon quelles modalités de coopération opèrent-elles : séminaires et colloques, tables rondes, conférences musiquées, bistrots ethnomusicologiques ; adossements, expertise, formation…

 

Présentation des axes

 

1-Ethnomusicologie appliquée / ethnomusicologie impliquée

 

Si la participation de chercheurs à des programmes de coopération ou de médiation dessine le périmètre d’une ethnomusicologie appliquée, la conception et la conduite de programmes culturels conçus et/ou construits avec des territoires ou des communautés de pratiques suggère aussi une ethnomusicologie impliquée dans laquelle l’ethnomusicologue participe de la fabrique culturelle de façon dialectique ou dialogique. Le chercheur peut, aussi être amené à se repositionner selon la place qu’il peut s’accorder ou qui lui est accordée sur le territoire. Quelle est la place de l’ethnomusicologue dans le jeu des acteurs ? Quelles stratégies et médiations est-il amené à déployer ? Quels sont les obstacles ou les éventuelles tactiques d’évitement dont il peut faire l’objet ?

 

2-Les tiers-lieux, des tiers-espaces

 

Le tiers-espace ne consiste pas à réunir en une même entité les espaces intermédiaires de l’expérience et des pratiques ethnomusicologiques. Il permet d’envisager des initiatives et des mouvements à mi-chemin entre des formes instituantes et institués, autodidactes et académiques, libres et codifiées. Étant à la fois « une réalité humaine et un dispositif opératoire » (Bazin, 2016), le tiers-lieu se révèle davantage lorsqu’il est en phase avec les territoires, comme autant d’expérimentations de la connaissance encore peu explorées, voire en marge, avec les dispositifs d’observation. Quelles sont les modalités et l’impact du dialogue avec le terrain : coaffichage nécessaire, définition de protocoles, production de livrables ou dialogues inspirants pour les artistes et les acteurs et, en réciprocité, pour le chercheur ?

 

3-Les tiers-lieux, espaces de recherche-action

 

Les tiers-lieux ne sont-ils des espaces d’expérimentations du ou des communs. Dans leur livre Commun. Essai sur la révolution au XXIe siècle (2014), Pierre Dardot et Christian Laval considèrent que « les communs ne sont pas tant des choses que des relations sociales entre les individus qui exploitent certaines sources en commun, selon des règles d’usage, de partage et de coproduction ». Ce sens du ou des communs donne à entendre d’autres voies à la recherche. Les tiers-lieux inventent notamment le dispositif du laboratoire social, un tiers espace de la connaissance, réévaluant les coopérations entre chercheurs et acteurs à partir du prisme hybride de l’acteur-chercheur. Ils sont autant de tiers-espaces, d’espaces interstitiels ou encore de micro-mondes plaçant les acteurs au cœur des dispositifs et des formes processuelles, tout en co-construisant « une parole en acte agissant sur les processus » (Bazin, 2016). En quoi les communs émanant des tiers-lieux renvoient-ils ou réévaluent-ils la pensée du commun ou des communs proposée par les ethnomusicologues ?

 

4- Tiers-lieux de l’écoute, de la pratique, du regard

 

Les tiers-lieux ouvrent aux musiciens des circuits parallèles, alternatifs aux réseaux des scènes des « musiques du monde ». Leurs émergences accroissent les occasions de jouer.  Elles répondent à d’autres choix et d’autres modèles éloignés des modes de fonctionnement existant.

En effet, ces nouveaux espaces de fête permettent aux musiciens de s’exprimer dans des conditions mieux adaptées à leur pratique musicale. La limite temporelle de la performance dépend de l’interaction forte avec le public, de la qualité de l’écoute musicale, du dispositif spatial coconstruit entre les musiciens, les danseurs et le public, des liens émotionnels constitutifs d’un commun, etc… Il en découle une relation durable avec un public différent de celui, anonyme, des festivals d’un soir (Mallet 2012). En quoi les tiers-lieux inventent-ils d’autres cadres et d’autres formats de la performance, d’autres formes d’interrelation artistes-publics-ethnomusicologues, d’autres modes d’écoute musicale, un autre regard ?

 

Par ailleurs, toutes propositions interrogeant la notion, seront également les bienvenues

 

Modalités de participation

 

Les propositions de communication de 500 mots maximum, accompagnées d’une courte bio-bibliographie aux formats Word et PDF, devront être adressées à sfe@ethnomusicologie.fr avant le 20 juin 2024, en précisant en objet « Proposition communication Je-Tu 2024 – NOM ».

Les auteurs seront informés de l’acceptation ou non de leur proposition avant le 10 juillet.

 

Comité scientifique

 

Marlène Belly, Société française d’ethnomusicologie, Université de Poitiers

Jean-Jacques Castéret, Ethnopôle CIRDOC –  Institut occitan de culture

Gisèle Clément, Université Paul Valéry, Montpellier 3

Geoffroy Colson, Société française d’ethnomusicologie

Marie Cousin, Société française d’ethnomusicologie

Julien Mallet, Société française d’ethnomusicologie, IRD (URMIS, Université Paris Cité)

Luciano Pereira, Société française d’ethnomusicologie

Corinne Frayssinet Savy, Société française d’ethnomusicologie, Université Paul Valéry, Montpellier 3

 

Tiers-espaces bibliographiques

 

AROUFOUNE, Billel, MAGKOU, Matina et PAMART, Émilie, Les Tiers-lieux culturels : expérimenter et travailler autrement ?, T.2, Paris, L’Harmattan, 2024.

BAZIN, Hugues, « Les figures du tiers-espace : contre-espace, tiers-paysage, tiers-lieu », Filigrane. Musique, esthétique, sciences, société. [En ligne], Numéros de la revue, Édifier le Commun, I, Tiers-Espaces, mis à jour le : 22/03/2016, URL : https://revues.mshparisnord.fr:443/filigrane/index.php?id=717.

BIERMANN, Clara, « Elsa Grassy et Jedediah Sklower (dirs.), Politiques des musiques populaires au XXIe siècle », Transposition [En ligne], 6 | 2016, mis en ligne le 20 mars 2017, consulté le 05 mai 2024. URL : http://journals.openedition.org/transposition/1469 ; DOI : https://doi.org/10.4000/transposition.1469

CAULLIER, Joëlle (dir.), « Édifier le(s) Commun(s)», Filigrane. Musique, esthétique, sciences, société. [En ligne], Numéros de la revue, Édifier le Commun, I, mis à jour le : 22/03/2016, URL : https://revues.mshparisnord.fr:443/filigrane/index.php?id=705.

– Édifier le(s) Commun(s) », Filigrane. Musique, esthétique, sciences, société. [En ligne], Édifier le commun, II, Numéros de la revue, mis à jour le : 18/05/2016, URL : https://revues.mshparisnord.fr:443/filigrane/index.php?id=750.

DAGONNEAU, Marie, « Les tiers-lieux en France, laboratoires de nouvelles solidarités socio-spatiales ? », Bulletin de l’association de géographes français [En ligne], 99-3 | 2022, mis en ligne le 20 novembre 2022, consulté le 05 mai 2024. URL : http://journals.openedition.org/bagf/9973 ; DOI : https://doi.org/10.4000/bagf.9973

DARDOT, Pierre et LAVAL, Christian, Commun. Essai sur la révolution au XXIe siècle, Paris, La Découverte, 2014.

GALLI, David, GALLIANO, Clara et LAMBERT, Vincent (dir.), Les Tiers-lieux culturels : identités en création, T.1, Paris, L’Harmattan, 2024.

IDELON, Arnault, « Tiers-lieu culturel, refonte d’un modèle ou stratégie d’étiquette ? » L’observatoire. Observatoire des politiques culturelles, n° 52, 2018, pp. 27-30. DOI : 10.3917/lobs.052.0027

MALLET, Julien, « De Tuléar à la France : Damily musicien de tsapiky », in : Sara Le Menestrel, Christophe Apprill, Kali Argyriadis, Julien Mallet, Nicolas Puig, Guillaume Samson et Gabriel Segré (eds.), Des vies en musique, Parcours d’artistes, mobilités, transformations, Hermann, 2012.

MANNEVEAU, Florent et BONINI BARALDI, Filippo, « Pour un commun multiple. L’expérience du Bal des Pianos en région parisienne », Filigrane. Musique, esthétique, sciences, société. [En ligne], Numéros de la revue, Édifier le Commun, I, Tiers-Espaces, mis à jour le : 17/04/2016, URL : https://revues.mshparisnord.fr:443/filigrane/index.php?id=725.

OLDENBOURG, Ray, The Great good place : cafes, coffee Shops, bookstores, bars, hair salons, and other hangouts at the heart of a community, Marlowe & Coe, 1989.

PRÉVÔT, Nicolas, « Ethnomusicologie et recherche-action : le patrimoine musical des Nanterriens », Cahiers d’ethnomusicologie, 29 | 2016, 137-156, mis en ligne le 31 décembre 2018, consulté le 29 avril 2024. URL : http://journals.openedition.org/ethnomusicologie/2592

TREMBLAY, Diane-Gabrielle et KRAUSS, Gerhard (dir.), Tiers-lieux : travailler et entreprendre sur les territoires : espaces de coworking, fablagbs, hacklabs…, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2019.

Perspectives, Cahiers d’ethnomusicologie, Vol. 30, 2017

« L’Ethnomusicologie appliquée », ss. la dir. de Laurent Aubert, Monique Desroches et Luciana Penna-Diaw, Cahiers d’ethnomusicologie, 2016, n°29.

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