AAC 15 avril 24 ‘ALALA YELLALI’ FEMMES, GENRE MUSICAL ET IDENTITÉS DE GENRE DANS LA MUSIQUE CHAABI, DU MAROC AUX DIASPORAS

‘ALALA YELLALI’
FEMMES, GENRE MUSICAL ET IDENTITÉS DE GENRE
DANS LA MUSIQUE CHAABI, DU MAROC AUX DIASPORAS

Colloque international | International Conference
Université Libre de Bruxelles (ULB), 26-30 November 2024

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FR // Ce colloque vise à faire le point sur les connaissances relatives à l’un des genres musicaux les plus répandus du patrimoine musical populaire marocain : le ša‘bī (« populaire », communément écrit chaabi), ainsi que sur le rôle des femmes dans son histoire, sa transmission et sa pratique. Nous souhaitons réunir des académiques (ethno-musicologues, anthropologues, historien·nes, linguistes), des artistes (musicien·es, danseur·ses, chanteur·ses, comédien·nes) et d’autres spécialistes (facteur·ices d’instruments, travailleur·ses de la culture, prestataires d’événements) dans le cadre d’un événement plus large, le Festival Chaabi Habibi, qui comprendra des concerts, des projections, des ateliers musicaux et des fêtes populaires.
Cet événement est organisé dans le cadre des 60 ans de l’immigration marocaine en Belgique dont la communauté est, en 2020, la plus importante de Belgique (Statbel 2020). Dans le domaine musical, elle compte des célébrités comme Tiiw-Tiiw ou Sidi Larbi Cherkaoui, ainsi qu’une activité traditionnelle riche dans le domaine des musiques andalouse, soufie, daqqa, gnawa, ša‘bī… dont la majorité des figures publiques sont des hommes.
Le manque de présence féminine dans la sphère publique n’est pas une prérogative de la communauté marocaine et fait l’objet d’un débat sociétal depuis des années (Centre National Musique 2023). Dans le cadre marocain, tant au pays qu’en diaspora, être une femme et poursuivre une carrière de musicienne constitue un parcours difficile. Au Maroc, la situation s’est légèrement améliorée ces dernières années : non seulement les femmes musiciennes gagnent en visibilité (Stirn 2017), mais certaines s’emparent d’instruments et du rôle de meneuse avant affectés aux hommes, comme la Gnawiya Asma Hamzaoui. Ces carrières et la notoriété de chanteuses plus âgées au Maroc contrastent avec l’invisibilité des femmes marocaines sur la scène culturelle belge (Sechehaye et Amezian 2023). Ce constat est le point de départ de ce colloque, qui s’articule autour du genre dans deux des acceptations du terme : le genre musical et l’identité de genre.
Le premier axe porte sur la description du genre musical « ša‘bī » : en effet, si le terme signifie « populaire », il ne désigne pas tous les genres de musiques populaires marocains. Constitué de pièces chantées sur un rythme du même nom, le ša‘bī s’inspire de nombreux genres, réunit toutes sortes de générations, concerne différentes régions, pratiques religieuses (Elbaz 2021) et contextes de performance. Emblématique tant au Maroc que dans la diaspora, le ša‘bī est largement écouté et diffusé, et aucun événement marquant ne se déroule sans sa présence. C’est le genre marocain qui fait danser les foules, parfois jusqu’à la joie débridée (našāṭ, Kapchan 2003), jusqu’aux limites de la conscience.
L’ethnomusicologue Alessandra Ciucci définit le ša‘bī comme « une catégorie à l’intersection de la tradition (taqālīd), du patrimoine (turāṯ), et d’une conception du terme « populaire » comme ce qui est « largement diffusé par les médias et apprécié par de nombreuses personnes » » (Ciucci 2022, 7). Nous souhaitons explorer et approfondir cette définition, nous intéresser à l’émergence du genre, son histoire et sa géographie, mais aussi à la description du répertoire, ses systèmes musicaux, ses instruments, ses timbres, ses textes et ses formes poétiques. Compte tenu des liens entre le ša‘bī et d’autres « niches » musicales (Jankowsky 2021) au Maroc et ailleurs, notre colloque pourrait également accueillir des travaux sur les pratiques féminines dans des genres populaires similaires en Afrique du Nord (par ex. des figures comme Rainette l’Oranaise, Everett 2023) et dans le monde amazigh (comme la pratique rifaine des izran, Fatoum 2023).
Notre deuxième axe thématique interroge le rôle des femmes dans l’émergence, la transmission et la pratique du ša‘bī, tant au Maroc que dans les communautés de la diaspora. Traditionnellement, les répertoires marocains suivent une répartition sexuée des rôles : la musique y est parfois uniquement une prérogative masculine (Davila 2013, Aydoun 2016, Witulski 2018), parfois féminine (Baldassare 1999, Brint Joseph 2003, Ciucci 2005) ; dans d’autres cas, hommes et femmes peuvent des rôles musicaux différents (Génini 1988, El Mazned 2017) ; et dans des genres plus récents (Salois 2014), les deux sexes peuvent occuper les mêmes positions musicales.
S’interroger sur la place des femmes (Kapchan 1996) conduit inévitablement à questionner le genre et le rôle des hommes (Ciucci 2022). A travers l’histoire, les constructions genrées ont été modelées et renforcées par la pratique musicale, mais aussi mobilisées et négociées dans des situations d’ambiguïté et de transgression telles que les pratiques queer (El Hakim & Nawny 2023). Ainsi, ce colloque permettra aussi d’aborder les thèmes de la non-adhésion aux normes sociétales genrées ou de la fluidité des genres permise par certaines pratiques musicales.
Ces thématiques seront discutées dans une perspective mêlant les disciplines artistiques et académiques, tant au Maroc qu’en diaspora. Hicham Aidi (2023) affirme que la décolonisation des savoirs sur la musique marocaine « demanderait une réévaluation de la culture populaire marocaine, de lister une série d’artistes, de figures et de pratiques à réexaminer », tout en soulignant que ce processus est déjà en cours pour des genres tels que la ‘aiṭa (citant Najmi 2007). Nous pensons qu’un travail à partir de la diaspora marocaine, en lien avec les acteurs culturels et associatifs, peut apporter d’autres perspectives ; il permet de nuancer les dichotomies Nord/Sud, Occident/Orient, Arabe/Européen et de mettre en jeu les complexités de la réalité post-coloniale en abordant les questions de délocalisation (Zibouh 2021, Guillot 2023), de circulations transnationales (El Asri 2011, Everett 2023) et de résistances (Portelli & Sechehaye 2022).
La documentation et les perspectives abordées dépendent également de l’accès à des informations de première main sur le terrain, qui est souvent limité par le sexe, l’origine et/ou le statut des enquêteur·ses. Dans cette optique, il nous semble important de souligner la multiplicité des voix des chercheurs et chercheuses, d’origine marocaine ou non, vivant au Maroc ou non, en tenant compte des différents niveaux et qualités d’accès à la diversité des terrains, des récits et des expériences d’immersion. Ainsi, notre colloque accepte les propositions de communications individuelles et de panels. Dans le cadre du festival Chaabi Habibi, nous accueillons également des propositions non académiques et une programmation culturelle (concerts, projections, ateliers).

Keynotes Alessandra CIUCCI, Columbia University, USA
Vanessa Paloma ELBAZ, University of Cambridge, UK
Ghassan EL-HAKIM & Amine NAWNY, Kabareh Cheikhates, MA
Fatima ZIBOUH, Université de Liège, BE Artistes|Artists B’net Chaabi Orchestra|Essaouira Mogador |Fatmas de Belgica|Bab’Zouz|Kabareh Cheikhates
Comité Scientifique|Academic Committee Laïla AMEZIAN (HalfmOon)|Marie-Alexis COLIN (ULB, Laboratoire de Musicologie)|Edouard DEGAY DELPEUCH (ULB, Laboratoire d’Anthropologie des Mondes Contemporains / Fassiphone)|Sami EVERETT (Aix-Marseille Université / University of Cambridge)|Allia GUILLOT (Sorbonne Université)|Caroline MARCOUX-GENDRON (Université du Québec à Montréal / OICRM)|Marco MARTINIELLO (Université de Liège, Centre d’Etudes de l’Ethnicité et des Migrations)|Hélène SECHEHAYE (FNRS / ULB, Laboratoire de Musicologie)|Stéphanie WEISSER (ULB, Laboratoire de Musicologie)|Fatima ZIBOUH (Université de Liège, Centre d’Etudes de l’Ethnicité et des Migrations) Comité Organisateur|Organising Committee Laïla AMEZIAN (HalfmOon)|Edouard DEGAY DELPEUCH (ULB / Fassiphone)|Marie-Alexis COLIN (ULB)|Xavier LUFFIN (ULB)|Marco MARTINIELLO (ULiège)|Hélène SECHEHAYE (FNRS/ULB)
Partenaires|Partners
Fonds National de la Recherche Scientifique, HalfmOon asbl, Faculté de Philosophie et Sciences Sociales (ULB), Institut des Hautes Etudes de Belgique, Observatoire Interdisciplinaire de Création et de recherche en Musique (UMontréal) Laboratoire de Musicologie de l’ULB, ULB Culture, Observatoire des Mondes Arabes et Musulmans de l’ULB, Université de Liège, Centre d’Etudes de l’Ethnicité et des Migrations, ICTMD Belgium, Société belge de Musicologie.

Informations Pratiques|Practical information
FR // Les thématiques peuvent inclure mais ne sont pas réduites aux aspects suivants :

Histoire du ša‘bī au Maroc et hors du Maroc : émergence, influences et figures clés, aspects commerciaux, circulations, contextes de performance

Musique ša‘bī : Description et analyse des pièces, styles régionaux, catégorisation, étude des instruments anciens et nouveaux, timbres et techniques musicales, liens avec d’autres genres musicaux et leur esthétique.

Contenu textuel et poétique du ša‘bī : analyse des paroles, formes poétiques, langues

Identité de genre dans le ša‘bī : rôles, esthétique, fonctions, transformations

Danse, corps et savoirs incarnés dans le ša‘bī

Dans le cadre du festival Chaabi Habibi : proposition artistique, performance, documentaire et/ou exposition sur la musique ša‘bī et son héritage
Propositions :

Les propositions individuelles, de communications conjointes, de panels, de tables rondes, de projections ou de performances artistiques sont les bienvenues.

Les communications peuvent être présentées en anglais et en français, si possible avec un PowerPoint.

Les résumés seront envoyés pour le 15 avril à womeninmoroccanchaabi2024@gmail.com
Ils incluront la langue et le titre de la proposition. Pour les communications, un résumé en anglais ou en français (300 mots max.) et une biographie (100 mots max.) de chaque intervenant·e.

Les notifications d’acceptation seront envoyées au plus tard le 30 mai.
Veuillez noter que tous les frais (transport, hébergement, repas) sont à la charge des participant·es. Si cela constitue un obstacle à votre participation, veuillez nous contacter.

Société française d'ethnomusicologie