AAC 15/03/24 Patrimoines culturels immatériels Entre circulations culturelles et tensions patrimoniales

Appel à articles dans le cadre d’un dossier thématique de la revue

Sociétés et Représentations n°60 – Septembre 2025

http://www.editionsdelasorbonne.fr/fr/revues/?collection_id=46

Patrimoines culturels immatériels

Entre circulations culturelles et tensions patrimoniales

 

Julia Csergo et Jessica Roda,

Université du Québec à Montréal (Ca) et Georgetown University, Washington (EU)

 

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Le patrimoine s’est historiquement construit en Europe dans une démarche d’affirmation des nations et des cultures nationales. Après le second conflit mondial, l’idée de patrimoine mondial, matériel, a nourri l’idée d’une universalité de la culture, présentée comme vecteur de dialogue entre les peuples et de paix entre les nations.

Cependant, dans les années 1970, l’élargissement de la notion de patrimoine en lien avec une anthropologisation de la notion de culture – issue de la modification des rapports de force post-coloniaux dans les organismes onusiens – a été suivie par l’institutionnalisation, à travers l’UNESCO, d’un nouveau champ patrimonial, le patrimoine culturel immatériel. Parallèlement à l’idée de l’universalité culturelle, celui-ci défend l’idée de la diversité culturelle, définie comme étant à l’humanité ce que la biodiversité est à la nature. Ainsi, la Convention de 2003 sur la Sauvegarde du patrimoine culturel immatériel constitue, avec la Convention de 2005 sur la Protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, un dispositif destiné à protéger et à valoriser les pratiques culturelles menacées par les risques d’uniformisation des cultures, mais aussi à rendre visible des groupes et minorités effacés au sein de l’État-nation.

Dans un monde où les circulations et les contagions culturelles se sont vues favorisées par des mobilités jusqu’alors inégalées et par des technologies de communication qui mondialisent les références culturelles, le patrimoine culturel immatériel a ainsi promu l’hétérogénéité des cultures au sein même de ce qu’il désigne comme une communauté culturelle mondiale. Par là même, il a, dans le même temps favorisé et renforcé de nouvelles expressions de sens et de valeurs identitaires, ethniques et/ou nationalitaires, inscrites dans des pratiques sociales dites traditionnelles, communes et/ou populaires : la cuisine, le vêtement, la coiffure, le motif décoratif et la pratique artisanale, tout comme les célébrations, les festivals et les savoirs naturalistes sont ainsi devenus le lieu de dénonciations croissantes de différentes formes de spoliations de pratiques par des cultures étrangères à celles qui se représentent et se donnent à voir comme un berceau culturel originel.

Dans ce numéro, l’idée est de traiter la façon dont les représentations des identités qui transparaissent et s’énoncent à travers les patrimoines culturels immatériels, qu’ils soient ou non institutionnalisés, se construisent sur des discours, images et imageries de l’authenticité, de l’origine, des minorités, des rapports de domination, de l’assimilation et de l’appropriation culturelles.  En dépit de toute la documentation produite par les historiens sur l’ampleur spatio-temporelle des circulations culturelles, les patrimoines immatériels tendent ainsi à devenir des nouveaux vecteurs de tensions émotionnelles qui s’inscrivent aussi dans des rapports géopolitiques (force, prestige, etc.) et géoéconomiques (exploitation économique, propriété intellectuelle, etc.).

Il ne s’agit donc pas ici de traiter les tensions existant autour de questions de propriété, de frontières ou de spoliations de biens culturels matériels (archéologie, musées, etc.) qui sont déjà bien documentées, mais d’analyser la façon dont les notions de patrimoine immatériel et de diversité culturelle, intrinsèquement liées selon la conception unesquienne, ont pu, exacerber les tensions autour de l’idée de communauté culturelle.

 

Les articles proposés doivent avoir un caractère totalement inédit.

 

Instructions et calendrier

 

Les propositions d’articles comprenant un résumé d’environ 250 à 300 mots (environ 1500 signes) ainsi qu’une rapide notice biographique sont à faire parvenir au plus tard le 15 mars 2024 aux directrices du numéro :

Julia Csergo : julia.csergo@uqam.ca

Jessica Roda : jr1791@georgetown.edu

 

Les résultats de la sélection des propositions seront annoncés le 30 mars 2024 avec les recommandations éditoriales.

 

Les textes des articles d’une taille d’environ 7500 mots (ou environ 30.000 à 40.000 signes) incluant notes et bibliographie, seront à remettre pour le 30 novembre 2024. Vous pouvez rédiger votre article en français ou en anglais.

 

Les textes seront soumis à évaluation en double aveugle pour acceptation, corrections (mineures ou majeures) ou refus. Les retours d’évaluations se feront au plus tard le

31 janvier 2025.

 

La version définitive des textes avec l’ensemble du paratexte (figures avec cessions de droits iconographiques, légendes, résumés, bios et mots-clés) est à rendre au plus tard le 31 mars 2025.

 

 

 

 

 

Call For Papers – Special Issue for the Journal

Sociétés et Representations n°60 – September 2025

http://www.editionsdelasorbonne.fr/fr/revues/?collection_id=46

 

 

Intangible Cultural Heritage.

Between Cultural Circulations and Heritage Tensions

 

Julia Csergo et Jessica Roda,

Université du Québec à Montréal (CA)/Georgetown University (USA)

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The concept of heritage has historically evolved in Europe as a means of representing nations and national cultures. After the Second World War, the idea of world heritage (tangible) developed by Unesco, fueled the notion of a universality of cultures, presented as a vehicle for dialogue between peoples and peace among nations.

However, in the 1970s, the broadening of the concept of heritage in connection with an anthropological approach to the concept of culture – the result of shifting post-colonial power relations within UN bodies – led to the institutionalization, through Unesco, of a new heritage field that includes oral practices and traditions: the intangible cultural intangible. In parallel with the idea of cultural universality that world heritage brought, intangible cultural heritage introduced the concept of cultural diversity, defined as what biodiversity is to nature. Thus, the 2003 Convention for the Safeguarding of the Intangible Cultural Heritage, along with the 2005 Convention on the Protection and Promotion of the Diversity of Cultural Expressions, forms a framework aimed at protecting and promoting cultural practices threatened by the risks of cultural homogenization. as well as making visible make groups and minorities hidden within the nation-state.

In a world where cultural flows and contagions are facilitated by unprecedented mobilities and communication technologies that globalize cultural references, intangible cultural heritage has promoted the heterogeneity of cultures within what it designates as a global cultural community. Simultaneously, it has fostered and reinforced new expressions of meaning and identity, ethnic and/or national values, embedded in so-called local traditional and/or popular social practices. Elements such as cuisine, clothing, hairstyle, decorative motifs, artisanal practices, celebrations, festivals, and naturalistic knowledge have become subjects of criticism regarding the appropriation of cultural practices by foreign cultures purporting to possess an authentic cultural identity.

This special issue aims to explore how representations of identities, manifested through intangible cultural heritage, whether institutionalized or not, are constructed through discourses, images, and imaginations of authenticity, origin, minorities, power dynamics, assimilation, and cultural appropriation. Despite the extensive documentation on cultural circulations produced by historians, intangible cultural heritage has become the new vectors of emotional tensions that are embedded in geopolitics (power relations, prestige, etc.) and geoeconomics (economic exploitation, intellectual property, etc.) relations.

The aim of this special issue is not to address the tensions existing around issues of ownership, borders, or the plundering of tangible cultural assets (archaeology, museums, etc.), which are already well-documented. Instead, the focus is on analyzing how the concepts of intangible cultural heritage and cultural diversity, intrinsically linked because of the UNESCO, have intensified tensions around the idea of cultural community.

 

All manuscripts should be original, and should not have been published in any previous publications.

 

Proposals includes an abstract of 250-300 words (1500 characters) as well as a brief biography. All the material should be sent to the editors of the issue no later than March 15, 2024:

Julia Csergo: julia.csergo@uqam.ca

Jessica Roda: jr1791@georgetown.edu

 

The results of the selection of proposals will be announced on March 30, 2024 with editorial recommendations.

 

The texts of the articles are approximately 7,500 words (equivalent to 30,000- 40,000 characters), including notes and bibliography. They will be due by November 30, 2024. The articles can be written in French or English as the special issue will be in both languages.

 

The texts will be subject to double-blind evaluation for acceptance, corrections (minor or major), or rejection. Evaluation returns will be made by January 31, 2025.

 

The final version of the texts with the entire paratext (figures with the assignment of iconographic rights, legends, summaries, bios, and keywords) must be submitted by March 31, 2025

 

Société française d'ethnomusicologie