Soutenance de thèse de Liqaa Marooki le 5 mars 2026
Chères co-listières et chers colistiers,
C’est avec un immense plaisir que je vous invite à assister à la soutenance de ma thèse de doctorat, intitulée :
Les musiciens qawwâl dans le pèlerinage Jamâʿîyah de la communauté yézidie du nord de l’Irak : approche ethnomusicologique
Elle se tiendra le 5 mars 2026, de 14h00 à 18h00, dans la salle des Actes-Sorbonne Université, 1 rue Victor Cousin, 75005 Paris.
Le jury sera composé de :
– M. Jérôme CLER– MCF HDR émérite, UFR de Musique et Musicologie- Sorbonne Université (directeur)
– M. Jean LAMBERT – MCF HDR émérite, Muséum National d’Histoire Naturelle (co-directeur)
– M. Hamit BOZARSLAN – Directeur d’études à l’EHESS (examinateur)
– Mme Rachida CHIH – Directrice de recherche au CNRS, CETOBAC (rapporteure)
– Mme Susanne FÜRNISS–Directrice de recherche au CNRS, EA (rapporteure)
– Mme Théodora PSYCHOYOU– Professeure, Sorbonne Université (examinatrice)
– Mme. Schéhérazade Qassim HASSAN – Chercheuse associée CNRS CREM/LESC, Enseignante-chercheuse retraitée Nanterre-Paris-Ouest (examinatrice)
Pour des raisons de sécurité, je vous remercie de bien vouloir confirmer votre présence à la soutenance avant le (2 mars) en m’écrivant à l’adresse suivante : lika_toma@yahoo.fr
Au plaisir de vous retrouver toutes et tous,
Liqaa Marooki
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Résumé de la thèse :
L’objectif de cette thèse est d’explorer la musique religieuse de la communauté yézidie du nord de l’Irak, une communauté ethno-religieuse hétérodoxe et kurdophone, à travers une approche ethnomusicologique. Cette musique est interprétée par les qawwâl, musicien-officiants arabophones, auxquels une attention particulière est accordée dans cette thèse. En l’absence de textes saints écrits, les qawwâl sont chargés de transmettre les textes religieux par le chant, selon ce que l’on désigne comme « la science de la poitrine ». Ils s’accompagnent d’instruments considérés comme sacrés chez les yézidis : le daf, tambour sur cadre, et la shibbâba, flûte oblique en bois. L’occasion principale de cette transmission est le pèlerinage annuel de la Jamâʿîyah, littéralement « rassemblement », qui se tient chaque année à l’automne à Lalish, dans le district de Sheikhan, situé dans le nord de l’Irak. Ce principal lieu sacré pour les yézidis abrite le mausolée du sheikh ‘Âdî bin Mûsâfir, soufi syro-irakien du XIIᵉ siècle, qui a apporté à la communauté yézidie une réforme et une structuration encore très présentes dans les rituels pratiqués aujourd’hui. La religion yézidie, dont les origines sont marquées par le zoroastrisme et le mithraïsme, semble historiquement partagée entre la résistance aux persécutions d’un environnement religieux hostile aux minorités et la tentation d’adopter certaines coutumes de cet environnement. Cette tension a conduit à l’émergence de nombreux phénomènes syncrétiques dont certaines influences soufies, qui se manifestent dans des pratiques rituelles partagées. Pourtant, l’analyse fine de ces rituels met en évidence des spécificités dans leur contenu, leur exécution et, surtout, dans leur musique. C’est dans ce cadre anthropologique très particulier que la thèse analyse les particularités formelles de cette musique, encore très peu étudiée. Celles-ci se distinguent par l’hétérophonie, l’hétérorythmie, des écarts tonaux inhabituels entre les voix et les instruments, ainsi que par l’usage d’échelles chromatiques et d’une microtonalité intervallique. Afin d’offrir une vision complète, l’analyse des rituels du pèlerinage et du rôle des qawwâl prend en compte les transformations induites par l’agression de l’État islamique entre 2014 et 2017. Dans ce contexte, la communauté yézidie a réévalué ses pratiques rituelles et a amorcé une levée partielle du secret entourant une tradition longtemps favorisée par l’ésotérisme et le repli d’une communauté qui s’est historiquement sentie menacée.